28. Mythe

Publié le 8 août 2025

Michel les fit entrer dans un bureau clos. Il ne voulait pas de scandale dans ce lieu où tout le monde le connaissait, et où la plupart lui faisaient confiance.


« -Comment puis-je vous aider ? entama-t-il.

-Nous cherchons des informations sur la porte de l’Enfer : son histoire, les mythes qui l’entourent, et surtout… sa localisation exacte, expliqua Mental.

-La porte est une œuvre d’Auguste Rodin, peintre et sculpteur du XIXe siècle, commandée par Edmond Turquet. À l’origine, elle devait être exposée lors de l’ouverture du palais d’Orsay, mais, suite à de nombreux événements, cela n’a jamais eu lieu. Il a fallu attendre la mort de Rodin pour que les épreuves en bronze soient coulées, vers 1920. Ces épreuves ont ensuite été exposées à divers endroits dans le monde.

-Mais ? demanda Ezhekiel, resté jusqu’alors en retrait.

-Mais le mythe prétend que cette sculpture a été réalisée directement sur la vraie porte menant aux Enfers. Edmond connaissait le passage entre les deux mondes et nourrissait des ambitions… pour le moins extrêmes. Ils espéraient appeler les démons à anéantir un pan entier de la population. Certains affirment même qu’il aurait envoyé certains de ses ennemis de l’autre côté…

-Comment pouvez-vous en être sûr ?

-Des textes écrits par Rodin lui-même témoignent de son effroi face à la psychologie du commanditaire. Certains passages dévoilent les propos sordides d’Edmond, qui avouait vouloir « lâcher les suppôts de Satan pour purifier l’espèce humaine ».

-Alors pourquoi exposer une telle œuvre comme un simple objet d’art ?

-Pour marquer les esprits : une sculpture placée devant la porte des Enfers, l’autre exposée au grand jour. Quoi qu’il en soit, en mettant de côté le mythe, Rodin n’a jamais vu ses œuvres fondues et exposées de son vivant. Il a travaillé cette composition jusqu’à sa mort. Depuis, nous savons que les exemplaires coulés après sa disparition ont été exposés aux quatre coins du monde. »


Le silence s’installa dans la pièce, laissant Mental, Ezhekiel et Michel s’observer mutuellement. Le bibliothécaire leur semblait sincère, ce qui inquiéta encore davantage Mental… Elle n’oubliait pas que cet homme était un sbire déguisé, et que ses véritables motivations demeuraient incertaines.