23. Ego

Publié le 8 août 2025

Mental relâcha le corps de Judith. Elle s'échoua par terre, se noyant dans les ruisseaux qui s'écoulaient le long de ses joues. Son fils était mort, c'était une phrase absurde, sans aucun sens, et plus elle se la répétait, plus les mots se vidaient de leur signification. Le carrelage était froid, presque glacial ; il rongeait sa peau, attaquait ses veines, et son sang semblait se geler peu à peu. Elle grelota.


Ezhekiel eut pitié. Il n'avait que trop rarement ressenti ce sentiment, si humain, qu'était l'empathie. Il mit son ego de côté et alla lui chercher une couverture. Il entra dans le salon jouxtant la cuisine. Des photos de Lio, à tous les âges, habillaient les murs et les meubles de la pièce. Il prit entre ses mains un des cadres : on y voyait Judith et Lio, heureux. L'ado enlaçait sa mère, qui souriait de toutes ses dents. Cela toucha Ezhekiel. Il se saisit d'un plaid en lin et recouvrit tout le corps de Judith. Elle ressemblait à une morte, enfermée dans son linceul.


Mental interrogea l'homme du regard. Elle non plus ne savait pas quoi faire désormais.

« -Nous devons trouver un autre messager, lui chuchota-t-il à l'oreille. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps avec... » La fin de la phrase resta en suspens, mais le regard du monstre était évocateur.


Mental prit la mère dans ses bras et la déposa doucement sur le canapé du salon. Elle prit soin de retourner tous les cadres afin que Judith ne puisse pas croiser le regard figé de son fils. Ils la laissèrent dans son suaire, dans ce logis à jamais hanté par le fantôme de son fils.