21. Neuronal
Publié le 8 août 2025
Judith n'avait jamais connu l'amour. Elle connaissait le désir, l'émoi d'un jeu de regards, l'envie de l'autre et le plaisir de deux corps ensemble... Mais l'amour, non, elle ne l'avait jamais côtoyé. Lorsqu'elle avait pris son indépendance, elle avait goûté au plaisir des rencontres d'un soir. Cela ne l'avait jamais dérangée. Alors qu'elle avait presque 30 ans, un homme entra dans sa vie. Ils se voyaient régulièrement pour passer des nuits ensemble, sans jamais se parler, sans jamais s'aimer. Leur aventure durait depuis quelques mois quand elle découvrit qu'elle était enceinte. N'ayant pas grand-chose dans la vie, elle décida de le garder. Elle n'en parla pas au père, de peur qu'il ne la supplie de se faire avorter. Son ventre s'arrondissait néanmoins à chacune de leurs rencontres. Quand il le découvrit, il fut pris de fureur ; il semblait se métamorphoser en monstre menaçant. L'amant attentionné semblait être englouti sous la rage et son système neuronal sous la colère. Elle dut redoubler de conviction afin de lui faire comprendre qu'elle garderait cet enfant coûte que coûte. Au fond de lui, l'amant savait qu'il ne pourrait jamais connaître cet enfant : sa vie était ailleurs, et rien ne pourrait le retenir ici. Alors, il disparut. Le jour de la naissance de l'enfant, Judith trouva dans sa cuisine une énorme porte, sculptée de corps nus et de démons. Elle savait que c'était lui. Pendant quelques mois, elle fit tout pour s'en débarrasser, mais la porte était tellement lourde que personne ne pouvait la déplacer. Elle déménagea ailleurs, mais avant qu'elle ait pu poser le premier carton, elle remarqua que la porte était déjà là. Un post-it était scotché dessus : "Pour mon fils, Lio." Judith soupira. Elle n'avait plus qu'à accepter son destin.